Blog

Ethan aussi est de retour!

Les bonnes nouvelles n’arrivant jamais seules, un autre grand talent de l’ASA, sérieusement blessé l’hiver dernier, revient au plus haut niveau en cet automne… cette fois c’est du côté de la perche que ça se passe et c’est Ethan Cormont, accompagné de son entraîneur Alain Kouznetzoff et de son camarade d’entraînement Clément Gagnaire, qui répond à nos questions.

Ethan, depuis tes débuts au club (en poussin en 2009!) et tes premiers sauts à la perche (2m30 pour ton baptême en 2013 ;-)), tu as connu une progression impressionnante, passant de 4m10 (i) – 4m30 en 2015 à 4m60 (i) – 4m50 en 2016 puis 5m07 (i) l’hiver dernier. Comment l’expliques-tu ?

Il s’est passé quelque chose entre ma seconde [ndlr : cadet 1] et ma première [cadet 2], je suis devenu beaucoup plus sérieux par rapport à l’entraînement. Je suis passé d’un à trois entraînements par semaine [2 entraînements « sauts », 1 entraînement « course/PPG »] et j’y ai mis beaucoup plus de rigueur. Ma saison hivernale passée, c’est le résultat de beaucoup de travail et de régularité.

D’où vient ce déclic ? Car tu l’as expliqué par ailleurs, tu es un touche-à-tout et tu pratiques d’autres sports. A quel moment la perche est-elle passée devant ?

J’aime les éléments, l’eau, l’air… et les sensations fortes que je trouve au skate-park ou sur mon surf. Côté athlétisme, j’ai commencé la perche presque par hasard : j’arrivais trop souvent en retard à l’entraînement en poussin, benjamin… et on m’envoyait à la perche où Alain m’acceptait toujours.

La perche l’a emporté sur le skate-park car j’y ai trouvé un cadre qui me calme. Les risques y sont plus maîtrisés et les sensations tout aussi fortes. J’aime les acrobaties et je continue d’en faire, mais dans le cadre de l’athlé. Mes premiers résultats à la perche m’ont donné beaucoup d’envie et d’autres résultats sont arrivés, c’est un cercle vertueux.

Par contre la perche ne l’a pas emporté sur le surf, je continue de surfer dès que je peux, environ 30 jours par an, mais cette fois c’est une question de géographie, je ne peux pas pratiquer le surf au quotidien. Donc mon sport qui m’équilibre au quotidien, c’est la perche.

Et aujourd’hui, l’athlé, ça représente quoi pour toi ?

C’est l’école de la vie. Je m’y défoule, j’évacue. J’y suis en réussite et j’en ai besoin ; on a tous besoin d’avoir quelque chose qui fonctionne pour pouvoir gérer nos difficultés personnelles. Alain m’a donné le goût et il continue de me donner les outils pour réussir. Il transmet énormément à tout son groupe, non seulement son expérience mais aussi celle de son propre entraîneur à l’époque [Laszlo Fulop].

Le groupe fait tout. Sans le groupe, je ne serais pas venu m’entraîner l’hiver dernier sur une piste gelée. C’est une famille, on grandit ensemble. Notre entraîneur est là pour nous, on veut être là pour lui aussi. Ce n’est pas « je » suis fort, c’est « on » est fort. Je le vois lorsque je m’entraîne tout seul avec Alain : c’est différent… il manque Julia, Clara et Clément.

L’hiver dernier, tu es devenu champion de France : une surprise ou un objectif réussi ?

Un objectif réussi. C’est aux France jeunes estivaux en cadet 1 [Châteauroux en 2016] que j’ai pris conscience que je pouvais être avec les meilleurs. J’avais peur de ne pas passer en finale mais je termine premier des qualifications. Derrière, je fais 11e mais à partir de là je sais que je peux le faire. L’hiver dernier, je n’avais pas l’ambition d’être champion avant de voir les bilans. L’idée a commencé à faire son chemin et le « j’aimerais » est devenu « je veux ». J’avais juste peur de ne pas être à mon niveau le jour J car je revenais d’une semaine de surf…

Deux mois plus tard, c’est l’accident… que s’est-il passé ?

Luxation de la hanche en retombant en grand écart dans le sautoir… Le contexte, c’est que je rentrais de deux semaines de stage national à Boulouris pendant les vacances d’avril. Une super expérience qui demande quand même un peu de temps pour être digérée car on ne s’y entraîne pas de la même manière. Le dimanche 23 avril, je participe au meeting du club mais je suis déçu de mon concours où je ne dépasse pas 4m80. Je me blesse le lendemain soir à l’entraînement. C’était « le saut de trop » en fin de séance. Je pense que j’avais un excès de confiance. Alain pense qu’il n’a pas su me dire « stop ».

En discutant avec toi, on se fait une petite idée de ton énergie. Comment as-tu survécu à ta convalescence ?!

Déjà, le médecin m’a foutu les jetons. Il m’a dit que j’aurais de la chance si je pouvais ressauter dans 6 mois. Résultat, je n’ai pas bougé pendant 2 semaines. J’étais dans mon lit, assisté par ma grand-mère. C’est une leçon. Ensuite, j’ai respecté les 5 séances de kiné/semaine, la marche, etc. Dans la tête, c’était énormément de frustration. Par exemple, j’avais gagné une paire de pointes AirLavillenie en remportant le All Star Perche chez les cadets début février et je les ai reçues 2 jours après ma blessure…  Je me suis dit : « je prends un sac, je mets toute mon énergie dedans, je le ferme et je le rouvrirai plus tard ».

J’ai eu l’autorisation de ressauter début juillet. Je n’ai pas pu défendre mes chances aux Monde, je n’ai pas pu montrer ce que je valais [ndlr : les championnats du Monde Cadets se tenaient du 12 au 16 juillet 2017 à Nairobi au Kenya ; le titre à la perche revient à Matthias Orban avec 5m00]. J’ai repris l’entraînement avec une revanche à prendre, en mode Rocky…

Comment se sont passés tes premiers sauts de reprise ? Gardes-tu une appréhension ?

Pas de peur mais un peu de superstition… Lorsque j’ai ressauté pour la première fois avec la perche avec laquelle je me suis blessé, j’avais des comptes à régler avec elle et envie de la casser [ndlr : que le club se rassure, il ne l’a pas cassée :-)]. J’ai aussi mis du temps à remettre les pointes que je portais ce jour-là et finalement, j’ai changé de pointes. Mais je ne prends pas encore les AirLavillenie, je les garde pour plus tard…

Tu as ressauté le 1er octobre à 4m70 puis le 20 octobre à 5m13, record personnel en plein air, meilleure performance française et 3e meilleure performance mondiale de l’année chez les cadets, et tout récemment encore 5m15 en salle le 11 novembre : pour un retour fracassant, c’est réussi ! Et maintenant, c’est quoi la suite ?

Il y a des rêves qui peuvent devenir réalité. Il y a deux ans, mon objectif c’était 4m80 et je me suis retrouvé perdu de l’atteindre si vite. Le record de France Cadets en salle est à 5m30 [Gérald Baudouin en 1989]. J’ai jusqu’au 31 décembre.

Cette année m’a changé. On n’a rien sans rien. Les difficultés passées ont été un déclencheur, elles ont lancé le moteur. Aujourd’hui tout le monde va bien autour de moi et j’ai toujours mon moteur. J’ai beaucoup de chance mais il y a 10 mois, je ne le savais pas. Je suis toujours aussi têtu mais j’ai gagné un peu de sagesse.

 

Share Button